Bien acheter

Console rétro « 15 000 jeux inclus » : ce qu'on ne te dit pas

Une console à quelques dizaines d'euros avec « 15 000 jeux » sur la carte microSD : l'annonce est partout. Avant d'acheter, voici ce que dit la loi française et ce que ces chiffres cachent.

Par l'équipe WARP · Mis à jour le · 4 min de lecture

Une console rétro tenue à deux mains, un jeu de plateforme à l'écran

Tape « console rétro » sur Google et tu tomberas vite sur des annonces qui promettent 10 000, 15 000, parfois 45 000 jeux « inclus ». La console elle-même est souvent correcte. Ce qui pose problème, c'est ce qu'il y a sur la carte.

En bref
  • Les émulateurs sont des logiciels légaux.
  • Les jeux, eux, appartiennent à leurs éditeurs. En France, la copie privée ne s'applique pas aux logiciels : seule la copie de sauvegarde d'un jeu que tu possèdes est prévue.
  • Une carte livrée avec des milliers de jeux commerciaux, ce sont des copies non autorisées.
  • La solution propre : une console livrée sans jeux, sur laquelle tu mets tes propres sauvegardes.

Ce que vendent vraiment ces consoles

Le modèle est toujours le même : une petite console sous Linux, un logiciel qui regroupe des émulateurs (NES, Super Nintendo, Game Boy, Mega Drive, PlayStation…) et une carte microSD remplie de fichiers de jeux, qu'on appelle des ROM.

La console et les émulateurs ne posent pas de problème. Un émulateur est un programme qui reproduit le fonctionnement d'une console : il ne contient aucun jeu. Les projets les plus connus sont développés en open source, à la vue de tous.

Le problème, ce sont les ROM. Chaque fichier est la copie d'un jeu commercial, Mario, Zelda, Sonic ou Final Fantasy, dont les droits appartiennent à son éditeur. Et personne n'a acheté ces droits pour les mettre sur ta carte.

Pour la plupart des contenus, le droit français autorise la copie privée : tu peux copier un CD que tu possèdes pour ton usage personnel. Mais un jeu vidéo est un logiciel, et le Code de la propriété intellectuelle traite les logiciels à part.

L'article L122-5 exclut de la copie privée « les copies d'un logiciel autres que la copie de sauvegarde ». Et l'article L122-6-1 précise que la personne qui a le droit d'utiliser un logiciel peut en faire une copie de sauvegarde « lorsque celle-ci est nécessaire pour préserver l'utilisation du logiciel ».

Concrètement :

  • Copier ta propre cartouche pour la sauvegarder : c'est le cas prévu par la loi.
  • Télécharger un jeu que tu n'as pas acheté : ce n'est couvert par aucune exception.
  • Acheter une console livrée avec des milliers de jeux : tu reçois des copies que ni toi ni le vendeur n'avez le droit de faire.

La reproduction non autorisée d'une œuvre est une contrefaçon. L'article L335-2 la punit de trois ans d'emprisonnement et de 300 000 € d'amende. Dans les faits, les éditeurs s'attaquent surtout à ceux qui diffusent les jeux à grande échelle. En 2021, aux États-Unis, Nintendo a obtenu 2,1 millions de dollars contre l'exploitant du site RomUniverse.

Cet article résume les textes en vigueur. Ce n'est pas un conseil juridique : pour un cas précis, renseigne-toi auprès d'un avocat.

« 15 000 jeux », ça veut dire quoi ?

Un chiffre comme 15 000 impressionne, mais il ne dit rien de ce que tu vas vraiment jouer. Ces listes additionnent tous les systèmes d'un coup, de l'arcade à la PlayStation, et comptent souvent chaque version d'un même jeu.

Dans la pratique, la plupart des joueurs reviennent à une poignée de titres : ceux de leur enfance. Une console bien réglée avec tes vingt jeux préférés vaut mieux qu'une carte pleine dont tu ne lanceras jamais la plupart des fichiers.

Le vrai point faible : la carte microSD

Sur les consoles d'entrée de gamme, la carte microSD fournie est souvent le composant le moins cher de la boîte. Les communautés de joueurs et les guides d'installation conseillent régulièrement de la remplacer par une carte de marque dès réception, avant d'y mettre ses sauvegardes.

Une carte qui lâche, c'est le système qui ne démarre plus et des heures de parties perdues. Une bonne carte de 64 ou 128 Go coûte une dizaine d'euros et règle le problème.

Comment jouer proprement

  1. Choisis une console livrée sans jeux. Tu sais exactement ce que tu achètes : le matériel.
  2. Sauvegarde tes propres cartouches. Des lecteurs de cartouches USB permettent de copier tes jeux Game Boy, GBA ou Super Nintendo sur ton ordinateur. C'est la copie de sauvegarde prévue par la loi.
  3. Joue aux jeux « homebrew ». Des développeurs créent encore aujourd'hui des jeux pour la Game Boy, la NES ou la Mega Drive, et en publient beaucoup gratuitement, par exemple sur itch.io.
  4. Mets tes fichiers sur une carte de qualité. Les guides de chaque console expliquent où les ranger.

Nos consoles sont livrées sans jeux

Chez WARP, aucune console n'est vendue avec des jeux. Tu reçois le matériel, et nos guides t'expliquent comment l'installer et y ajouter tes propres sauvegardes.

Pour choisir entre les deux, lis notre comparatif Miyoo Mini Plus ou Anbernic RG35XX H. Et si tu veux une vue d'ensemble, notre guide de la meilleure console rétro portable compare les trois consoles du catalogue.

Questions fréquentes

Est-ce que je risque quelque chose en achetant une console avec des jeux préinstallés ?
Les jeux sur la carte sont des copies non autorisées, ce qui relève de la contrefaçon (article L335-2 du Code de la propriété intellectuelle). Dans les faits, les éditeurs poursuivent surtout ceux qui diffusent les jeux à grande échelle. Le plus simple reste d'acheter une console sans jeux.
Les émulateurs sont-ils légaux ?
Oui. Un émulateur reproduit le fonctionnement d'une console et ne contient aucun jeu. C'est l'origine des jeux que tu y mets qui compte.
Puis-je copier mes propres cartouches ?
Le Code de la propriété intellectuelle (article L122-6-1) autorise la copie de sauvegarde d'un logiciel que tu as le droit d'utiliser. Des lecteurs de cartouches USB permettent de le faire pour la Game Boy, la GBA ou la Super Nintendo.
Où trouver des jeux légaux pour une console rétro ?
Tes propres cartouches sauvegardées, et les jeux « homebrew » créés par des développeurs indépendants, dont beaucoup sont publiés gratuitement par leurs auteurs.